Iran

C’est sous une averse de lourds flocons que je m’engage dans l’étroit canyon de la rivière de l’Aras.

Lorsque j’en sors le soleil embrasse les falaises rouges de l’Iran tandis que sur l’autre rive les hauts sommets enneigés du Caucase s’éloignent peu à peu à chaque tour de roue. À peine arrivé dans la première ville je suis invité à prendre un thé qui devient un repas qui devient initiation aux dominos. Ce n’est que 2h plus tard que je parviens à reprendre la route toujours le long de l’Aras qui, il y a fort fort longtemps, irriguait l’Eden.

1 sortie canyon aras

Alors que les crépuscule commence à poindre j’aperçois sur l’autre rive un énorme sanglier. À moins de 20 m je le regarde se promener nonchalamment tandis que je m’amuse de constater que les voitures ne le remarquent même pas.

2 sanglier

 

Un peu plus loin arrivé à un péage les gardiens m’invitent à me réchauffer avec eux près du feu. Et je passerai finalement la nuit avec eux à discuter. Le lendemain c’est enchanté par mon premier jour en Iran et espérant que les suivants seront tout aussi incroyables que je pars en direction de Tabriz. Lorsque j’y parviens 2 jours plus tard le moral est plus morose usé par le froid fatigué par les dures semaines à travers le Caucase et un peu déçu de traverser que des villes de plusieurs milliers d’habitants. En sortant du bazar, l’un des plus anciens bazar couvert du Moyen-Orient je fais la rencontre de Nasser, le responsable de l’office du tourisme.

Il me donne 3 conseils pour mon séjour ici

1) apprendre à lire et dire les nombres pour éviter les arnaques

2) ne pas prendre en photo les femmes en tchador noir

3) ne jamais se moucher à table ce qui est extrêmement impoli.

Il organise une sortie pour le village troglodyte de kandovan le lendemain à 50 km de là. Cela me fera la pause dont j’ai besoin. Remotivé, il est maintenant temps pour moi de quitter la route principale pour m’enfoncer dans les montagnes iraniennes, ses paysages incroyables, ses petites villes et villages et surtout découvrir l’extraordinaire hospitalité iranienne.

La première nuit, je rencontre Behnam et Merhrdad, tout deux milieu de la vingtaine qui se réclament humanistes effarouchement athées.

La seconde nuit, c’est Jafar, croyant mais sans illusions sur le gouvernement, qui m’accueille. Peintre, il a quitté le chaos de la capitale pour la quiétude des montagnes.

6 jafar

La nuit suivante, c’est Farid et ses frères qui m’invitent à passer la nuit avec eux. 18 ans, insouciants, ils profitent de la vie autant qu’ils le peuvent quels que soient les restrictions et les interdits.

8 Farid

Le lendemain Baman, jeune papa, m’offre l’hospitalité dans son petit village de berger. À l’âge de son fils, ils étaient 150 élèves à l’école, ils ne sont plus que deux aujourd’hui. Mais lui est trop heureux de vivre dans ses montagnes pour partir pour la capitale comme tant d’autres l’ont déjà fait.

9 village Baman

Un dernier col à 2300 m et je parviens enfin à Masouleh, le village accroché sur le flanc abrupt de la montagne et réputé pour être l’un des plus beaux d’Iran.

20 masouleh

Il est tellement pointu que le toit des maisons fait les ruelles de celle d’au dessus.  Alors que c’est sous un épais brouillard que le village s’endort, c’est sous 40 centimètres de neige fraîche qu’il se réveille.

Je quitte donc les montagnes pour rejoindre la mer Caspienne à 2 jours de là. C’est là que je rencontre Moslam, avec qui, après un incroyable quiproquo, je me retrouve le lendemain à plus de 80 km de là à manger du poisson chez un pisciculteur tout en écoutant le chanteur d’opéra traditionnel Mohammad Reza Shajarian.

11 pisciculture

Après avoir passé deux jours et demi avec un vent de face à décorner mon guidon, je n’ai plus qu’une hâte, c’est de retourner dans les montagnes car j’ai été séduit par ses paysages et l’accueil des gens. Me voilà donc parti pour la vallée d’Alamut où se trouve le château d’Alamut, repaire de la terrible secte des Assassins. J’ai décidé que cela serait mon cadeau de Noël un peu en avance.

Pour y accéder je dois passer par un col à 2300 m. J’y parviens vers 16h. Les gars de l’antenne du Croissant-Rouge me proposent un thé, que j’accepte bien sûr avec plaisir. Lorsque je m’apprête à repartir, ils me disent de rester ici pour la nuit. C’est le jour le plus court de l’année, la nuit ne tardera pas à tomber et surtout la descente est très périlleuse aussi bien pour ces virages en épingle que pour les loups qui rôdent.

Après avoir fait une petite patrouille en 4*4 dans la nuit, nous sommes rejoint par le chauffeur de chasse-neige qui est déchaîné et ne cesse de faire des blagues graveleuses déclenchant l’hilarité chez mes autres. Ne me faisant pas prier pour rentrer dans son jeu, c’est bras dessus bras dessous que nous partons faire un tour de chasse-neige.   La descente est en effet dangereuse, et captivé par le paysage de la vallée qui s’ouvre devant moi, j’évite de justesse plusieurs fois de me retrouver dans ce fabuleux décor.  La route fait le yoyo entre les hauteurs de la vallée et sa rivière. C’est dans l’une de ces montées, que je suis dépassé par une moto qui s’arrête et m’attend quelques mètres plus loin.

Dans un anglais parfait, Rasoul se présente. Il est guide dans la vallée et il part en repérage pour faire l’ascension d’un 5000 mètres le lendemain. Après avoir sympathisé, il me propose de le joindre pour l’ascension. Je suis emballé, mais je suis un peu limité niveau équipement. Le soir, il me rappelle comme convenu pour me dire ce qu’il en est. Avec la neige, l’ascension prendrait 2 jours au lieu de un, et ni lui ni moi ne sommes équipés pour un bivouac en haute montagne. Tampis. Mais il m’invite à passer chez lui au retour.

 

Après un jour et demi dans la vallée, 90 km et 2000 m de dénivelé positif, je suis enfin au pied du château. Véritable nid d’aigle sur un piton rocheux protégé par un étroit et profond canyon, il fallait vraiment tenir à la mort de quelqu’un pour vouloir venir jusqu’ici. Le château, en lui-même, n’est plus que des ruines protégées des intempéries par des toits en tôle. Je suis un peu déçu, mais rien que pour le point de vue qu’il m’offre sur la vallée, il mérite les efforts qu’il m’a demandé.

13 château alamut

Et comme pour Masouleh, ce qui compte n’est finalement pas la destination mais le chemin qui mène.

12 descente alamut

Et il n’est pas fini, puisque je dois maintenant le faire dans l’autre sens et passer voir Rasoul.  À 23 ans, je suis ébahi par sa détermination. Encore étudiant, il mène de front ses études et son activité de guide. Il parle également plusieurs langues apprises en autodidacte. Et il est en train de construire un petit éco-hôtel pour y accueillir ses clients.

15 Rasoul

Quand on a pas de perspective d’avenir, il vaut mieux se le bâtir soi-même sans attendre ou espérer que quelqu’un le fasse pour nous.#leçondevie.

On parle aussi de sa clientèle et de leurs différences de  tempérament en fonction de leur nationalité. La palme des meilleurs clients revient sans hésiter aux Belges pour leur spontanéité et leurs camaraderie devant les Français et les Italiens. Le lendemain, sur les conseils de Rasoul, je fais une petite promenade pour visiter un autre château mon loin. Au détour d’une colline, j’aperçois l’espace d’un instant une bête qui plonge  se cacher dans les fourrés en contrebas. C’était trop gros pour être un renard et en même temps trop petit pour être un loup. Je continue ma progression et quelques mètres plus loin, je vois une tête dépasser des hautes herbes. Il me regarde, j’avance, il n’y a plus de doute, c’est un loup.  Il s’enfuit le long du flanc de la montagne effectuant un large arc de cercle pour m’éviter, me laissant alors tout le loisir de l’observer. Je continue alors ma balade équipé du nec plus ultra du néolithique: un bâtons, craignant quand même un peu de me retrouver face à la meute.

14 loup
Un loup

  Le soir je rejoins sans enthousiasme Qazvin, une ville où je suis déjà passé avant d’aller dans la vallée d’Alamut. Alors que je m’apprête à rentrer dans un hôtel, un jeune boulanger m’interpelle de l’autre côté de la rue pour m’inviter à prendre un thé. 

Et comme souvent en Iran, je me retrouve une heure plus tard chez Ghodrat, le grand-père d’Ali Reza, le jeune boulanger, avec toute sa famille réunie, sa mère, son frère, ses filles et ses gendres et leurs enfants. 

16 réveillon qazvin

Goodra tu m’as fait asseoir à sa droite et tu m’embrasses comme un fils. Le lendemain, après avoir aidé Ali Reza à faire le taftoun (un type de pain iranien) à la boulangerie, il m’emmène visiter la ville que je découvre sous un bien meilleur jour que la première fois.

17 visite qazvin

C’est sous une pluie battante que je reprends la route le lendemain.

Nous sommes le 25 décembre, j’ai un peu l’impression de dire au revoir à un grand-père d’adoption. Je ne pourrai jamais le remercier assez pour son accueil et celui de sa famille en cette veille de Noël.

Après une journée passée sous une pluie continue, j’arrive finalement à Karaj, une ville à 40 km de Téhéran avec plus de 3 million d’habitants. Alors que je désespère de trouver un hôtel pour me mettre enfin au sec, un commerçant, Hamid me fait signe de le rejoindre.  Cycliste lui aussi, il est ravi de me voir. Et avec Ali, un ami à lui, il m’offre un merveilleux cadeau de Noël après une journée aussi humide, une soirée en leur compagnie à la piscine avec sauna, hammam et jacuzzi.

18 Hamid et ali

26 décembre, me voilà enfin à Téhéran après 3 mois sur les routes. Je n’ai plus qu’à attendre ma « femme » comme j’ai fini par prendre l’habitude de la présenter et les vacances peuvent enfin commencer.

19 kdo noel

Arménie

A peine la frontière passée, je suis accueilli par de timides mais bien présents flocons de neige. Et à mesure que je remonte le canyon de la rivière Debed bordé par d’impressionnants pics, je vois la température descendre. Tel sera désormais mon quotidien en Arménie, des montagnes,  de la neige, et le froid.

2 sortie debed canyon

Le second jour de ma remontée du canyon pour accéder au plateau arménien, je fais halte pour visiter deux monastères arméniens celui de Haghpat et de Samakin, tous deux classés au patrimoine mondiale de l’UNESCO. Contrairement aux géorgiens surchargés d’icônes, les monastères arméniens sont des plus sobres et épurés, mettant en valeur leur architecture.

1 monastère debed canyon

Le jour suivant, je me retrouve devant une route barrée car un tunnel à 5 km est en travaux. La déviation me demanderai au minimum un jour de plus. Et Richard, un cyclo-voyageur rencontré à Tbilissi m’avait prévenu qu’il avait pu passer en empruntant la voie ferrée adjacente. Je décide donc de tenter ma chance.
Arrive devant le fameux tunnel malgré les nombreuses mises en garde des gens que je croise, les ouvriers me barrent la route. Le chef de chantier arrive. Je lui demande pour passer. Il refuse en me disant que c’est dangereux. Je lui montre mon casque, mais rien n’y fait. Je me dirige alors vers la voie ferrée. Il me rappelle, c’est gagné. Il me conduit tout d’abord à son bureau où il m’offre un sandwich. Il me demande si je suis avec le couple de franco-autrichien qui ont voulu passer hier.

Finalement, il appelle un de ces gars qui m’escorte  dans le tunnel. Il n’est pas juste en rénovation, mais en reconstruction comme si une partie c’était effondrée. Enfin sorti du tunnel, j’ai maintenant un objectif: rejoindre mes deux compagnons cyclistes en admettant qu’ils aient passé eux aussi le tunnel et sont donc devant moi. Je pousse donc tard dans la soirée. Cette nuit là, le thermomètre affiche un réjouissant – 10°C lorsque je plante ma tente.

Le lendemain, une épaisse brume empêche les rayons du soleil de me réchauffer. Et malgré la monté qui s’accentue, j’ai vraiment froid. Mais peu a peu, les rayons commencent à percer à travers les nuages. Et j’émerge enfin de cette épaisse chape de brouillard. Je poursuit l’effort jusqu’au col qui n’est plus très loin. Enfin libre. Fini le canyon, fini la brume et le froid, le soleil embrasse mon visage et illumine le plateau enneigé qui s’étale devant moi sur lequel ce dresse le mont Aragats majestueux.

3 mont aragat
Deux jours plus tard, j’arrive à Etchmiadzin, l’équivalent du Vatican pour l’église Arménienne. Il est maintenant peu probable que je retrouve mes cyclistes. Outre les magnifiques bâtiments et églises, la salle du trésor conserve deux reliques millénaires: un bout de l’Arche de Noé échouée sur le Mont Ararat non loin, et la Sainte Lance, avec laquelle le légionnaire lui transperça le flanc. Il y a en fait cinq lances dans le monde, mais on m’a assuré que celle-là est l’authentique. Cela n’a finalement que peu d’importance, car ces deux reliques sont devenues de véritables morceaux d’histoire pour l’importance que les gens leurs ont accordés au fil des siècles.

4 ste lance (1)

Le soir, je célèbre mon 3000 kilomètre sur la place de la liberté en plein cœur d’Erevan. Plus occidentale que Tbilissi, je suis saisi par la modernité de la capitale qui contraste avec le reste du pays. L’importante diaspora arménienne a permis a la ville de se reconstruire et de se développer, faisant oublier le passé soviétique.

5 place de la liberté

Un bel exemple est la cascade, édifice mythique de la ville, sa construction fut comment séparer soviétique dans les années 70 avant que la construction ne soit abandonnée. En 2012, l’édifice est racheté par un riche américain d’origine arménienne qui finit les travaux et le transforme en galerie d’art contemporain. Au sommet de la cascade, on a théoriquement une vue imprenable sur la ville et le Mont Ararat non loin de là. Mais l’épais nuage de pollution dissimule le célèbre mont. 6 cascade

Alors que je déguste un café arménien, j’aperçois une jeune européenne gratter son cahier, signe assez caractéristique des voyageurs au long cours. Je me présente. Lili, une jeune allemande de 19 ans, n’est finalement pas une voyageuse, mais elle effectue un volontariat international pour un an à Erevan. Après avoir discuté, elle me propose de venir dormir dans leur appartement, car ils ont une chambre de libre. Fantastique. Je passe donc deux jours avec Lili et ses colocs ou j’ai un peu l’impression d’être retourné en Erasmus.

7 mémorial génocideLe dernier jour, je me rends au mémorial du génocide arménien. Seul à contempler la flamme du

souvenir et écouter la musique, j’ai du mal à contenir mon désespoir face à la barbarie que l’homme est capable de s’infliger à lui-même.

En retournant à mon vélo, j’aperçois deux jeunes gens qui le regarde avec attention. Il s’agit d’un couple de cyclotouristes et aussi, une Française et un Australien. « Austrian » « Australian », j’ai finalement retrouvé mes fameux cyclistes. Le soir, nous nous rendons ensemble à un bar pour retrouver Lili et les autres volontaires internationaux. Un concert il est donné.

Et pour nous trois qui n’avons plus l’habitude d’écouter de la musique, c’est un véritable bonheur que d’écouter de la musique live et de se laisser transcender par l’énergie du groupe. Le lendemain, je pars pour le monastère de Geghard, le plus important est le plus beau des monastères Arméniens. Niché dans un cirque rocheux, il est en partie creusé à même la roche et n’est pas sans rappeler le temple de Petra.

8 geghart 1

9 Geghard 2

Je le quitte alors que le soleil illumine les falaises d’une lumière rouge annonçant le crépuscule.

Je descends à toute berzingue avec une idée fixe, voir le coucher de soleil sur le mont Ararat. Audi tour de la vallée, je le vois enfin apparaître.

10 Ararat

Je redouble d’efforts pour m’en rapprocher mais emporté par la fougue, je rate un embranchement sur la piste, et me retrouve coincé par les eaux d’un lac au beau milieu de nulle part. Les montagnes, le lac, et la silhouette du mont se découpant à l’horizon, c’est une véritable carte postale et c’est l’un de mes plus beaux bivouacs.

Le lendemain, je repars tambour battant bien décidé à le contempler de plus près. Mais à mesure que je me rapproche la brume le dissimule, et bien que la route le longe à moins de 20 km, je ne peux l’apercevoir.

Le soir alors que je repars dans les hauteurs du Caucase, je tente un dernier regard et je vois ces deux sommets émerger de la brume tandis que la tandis qu’a côté le soleil rougeoyant s’y enfonce.

Jusqu’à maintenant, je n’avais rencontré que peu d’Arméniens, qui sont d’un premier abord aussi rudes que leur terre. Mais ce soir-là, je découvre qu’une fois passé le seuil de leur porte, ils vous accueillent comme un frère. Les toasts s’enchaînent, le cognac coule à flot, la nourriture et un délice, on rit, on blague, on s’embrasse, une fantastique soirée.
Le lendemain, je remercie vivement Lucillé et son mari, qui m’offre un pot de sa divine confiture d’abricot fait maison en cadeau d’adieu. Je ne pouvais pas espérer mieux. Les premiers coups de pédale ne se font pas sans mal (de tête). Mais j’ai le plaisir d’avoir enfin le majestueux Mont Ararat qui m’accompagne tout le monde de mon ascension jusqu’à la vallée d’Arpa.
11 Ararat
Tout comme en Géorgie, le vin est une tradition millénaire ici. Et la vallée d’Arpa en est son sanctuaire. Tout aurait commencé avec Noé, qui sur les flancs du mont Ararat, a fait pousser les premiers pieds de vigne sauvage, avant de s’enivrer avec le fruit de sa récolte. Plus prosaïque, les archéologues y ont retrouvé des traces de vinification datant de 6000 ans avant Jésus-Christ.
12 vallee yeghegis
Après une journée et demi passée dans la vallée de Yeghegis, l’une des plus riches en patrimoine historique, monastères et châteaux, il est temps pour moi de rejoindre le plateau qui me mènera à Tatev.
De la neige est annoncée pour le lendemain. Je dois donc passer le col de Voroton qui culmine à 2300 m dans la journée ou je serai coincé. Il est midi, la course est lancée. Les 50 premiers kilomètres passent à toute allure, et c’est bien ce qui m’inquiète puisque je n’ai quasiment pas entamé les 1300 mètres de dénivelé positif du jour. Devant moi se dresse maintenant un mur de 20 km avec 1100 mètres à gravir. À 5 km/h , je gravis mètre après mètre. Je veux le passer avant la nuit. La nuit tombe.Qu’importe, c’est entre lui et moi maintenant, je ne poserai pied à terre que quand je l’aurai vaincu. Je serre les dents. Un dernier virage, dernière effort, la porte qui marque le col est là. Complètement shooter à l’endorphine, j’exulte comme un gamin. Je parcours les 10 km de descente qui me séparent du premier village complètement euphorique. Au réveil quand je sors de la station-service où j’ai passé la nuit, la neige est là, ça a été juste.
Ce qu’on monte, on finit toujours par redescendre.  Et après 50 km de montagne russe, j’ai maintenant 20 km de descente qui s’offrent à moi avec une pointe à 70 km/h, nouveau record personnel.  Arrivée dans la vallée, le monastère de Tatev est juste là devant moi, perché sur une falaise avec 6 petits km à 12 % qui nous séparent. Il n’y a plus qu’à…
16 tatev 2
En quittant Tatev, je savoure un dernière instant la vue de ce monastère qui domine paisiblement la profonde vallée. Il n’y a maintenant plus qu’un obstacles qui me sépare de l’Iran, le col de Meghri à 2536 mètres. Je fais halte à Karjaran, ville qui vit exclusivement de l’exploitation du molybdène, et dernière agglomération avant le col. La température est bien en dessous de zéro et la neige et là en abondance. Je n’ai pas franchement envie de camper ce soir. Malgré avoir sympathiser avec des gens dans un café, aucun ne me propose l’hospitalité. Ils me conseillent de dormir dans la station-service à côté. Je tente ma chance. Premier refus. Je tente à nouveau ma chance dans une autre station-service. Second refus cinglant. Résolu à mon sort, je sors de la ville pour me trouver un petit coin pour planter ma tante. Alors que j’inspecte un endroit prometteur, trois jeunes gens, qui m’ont vu passer, viennent à ma rencontre. Ils me conduisent dans un appartement dont les parents de l’un d’eux sont propriétaires. Il n’y a pas d’électricité, pas de chauffage. Mais la soirée est plus que chaleureuse. Varghan fait son service militaire et est en permission. Nexis, son frère, vient de terminer le lycée tout comme Arthur. Après avoir porté de nombreux toasts à notre rencontre, nous nous endormons à 4 sur le lit clic-clac 2 places. Mais au moins on a chaud.
Lendemain, au premier coup de pédale, mon Terraria arrière casse net. Je passe la matinée à le changer avec un de secours que j’avais pris. Mais de marque différente de mes manettes,  Je n’ai plus que 6 vitesses au lieu de 8. Alors que je m’apprête à repartir il me demande de rester une journée de plus. J’accepte bien volontiers. En plus c’est jour de fête. La maman reçoit des amies. Nous sommes chargés de préparer les kebabs ( brochette de viande). En fin d’après-midi,  Varangue me montre les vidéos de sa fête avant qu’il parte au service et celle de la « dernière cloche » de son frère. Il s’agit du dernier jour au lycée. Cette journée synthétise bien l’Arménie d’aujourd’hui. Avec la famille en son cœur, l’art de la table et de la fête en pierre angulaire, la religion comme pilier, et le passé et l’hommage aux soldats disparus comme fondation. Après le repas ou en couleur, où je suis un peu l’attraction de toutes ces dames, je remercie du fond du cœur mes nouveaux amis et leurs parents, car en une journée à leur côté, j’ai plus appris sur l’Arménie qu’en 2 semaines passées dans le pays. Lorsque je m’engage sur la route du col, j’ai un peu l’impression de laisser derrière moi trois petits frères d’adoption sans que je parvienne à savoir qui de nous adopter l’autre.  Le soir venu la frontière avec l’Iran est en vue. Cette frontière m’intimide, elle m’impressionne. Je décide de passer une dernière nuit en Arménie, où après un bon repas où je dépense mes derniers drams, je m’en vais dormir dans un wagon désaffecté. Au matin la neige est là comme elle l’avait été lors de mon premier jour. Il est temps d’aller au sud.

Géorgie

Après un mois en Turquie, j’avais fini par y trouver mon rythme, mes petites habitudes entre les coutumes turques et la « routine » de mon nouveau mode de vie. Mais tout cela a volé en éclats à l’instant même où je passe la frontière. Nouvelle langue, nouvel alphabet, nouvelle monnaie, nouvelle culture, je me revois un mois plus tôt à Istanbul partagé entre appréhension et excitation.

Outre les vieux camions soviétiques que je croise dans les villages, je remarque deux différences notables. Les femmes sont en jupe et surtout elles me disent bonjour et me répondent quand je leur parle. Et je peux aussi agrémenter les repas d’une rafraîchissante bière locale. Quel choc et quel plaisir. Il est amusant de constater comment les choses nous ont manquées une fois qu’on les a retrouvées.

1 biere repas

Un autre fait surprenant m’apparaît dans la vallée de Mtkvari qui était autrefois une place centrale de la Route de la Soie concentrant un nombre impressionnant de châteaux et de monastères dont le célèbre Monastère de Vardzia. Il s’agit du tourisme. En une journée, j’ai croisé plus de touristes et de voyageurs qu’en un mois en Turquie. Le soir je profite d’un bon thé  sulfureux dans une auberge en compagnie de deux Tchèques qui parcourent le monde à la recherche des meilleurs thés.

À Akhaltsikhe, l’Office du tourisme m’offre le luxe de pouvoir planter ma tente dans l’enceinte même du château médiéval parfaitement restauré.

4 vu depuis ma chambre dans le chateau

Le lendemain je fais le choix de gagner koutaissi par les montagnes du parc naturel de Borjomi. La veille, deux musiciens belges m’ont en effet invité à leur concert de musique baroque dans six jours à Tbilissi. Et cet itinéraire me ferait gagner deux jours.

Après m’être assuré que la route soit praticable auprès de la police, je me lance en direction des sommets caucasiens. Ce qu’ils avaient omis de me dire c’est que les trente derniers kilomètres qui mènent au col est une piste et non une route. Cela ralentit ma progression dans les immenses forêts du parc où je dois être le seul humain à dix kilomètres à la ronde au milieu des cervidés, des lynxs, des loups et des ours. Arrivé au col, excepté quelques congères, je n’ai en effet pas eu de neige. Mais je suis monté par le versant sud et un bon 40 centimètres de neige dure m’attend de l’autre côté. Après une heure et quart d’effort et deux kilomètres, je retrouve enfin une piste praticable.

6 bojormi parc coince dans la neige

Le soir tombe, je suis trempé, et les traces de loups dans la neige me motivent pour continuer ma route vers le premier village en aval. Après vingt kilomètres dans la nuit noire où je crains de me retrouver face au grand méchant loup à chaque virage, je rejoins enfin le village que j’espérais être un charmant village de montagne. Mais il s’agit en fait d’un immense complexe hôtelier ultra moderne pour riches Russes souhaitant se mettre au vert.

À peine arrivé, les gardes de sécurité me font bien comprendre que je ne suis pas le bienvenu. Alors que je tente de planter ma tente discrètement dans un coin, trahi par une caméra de sécurité, un garde me refoule et finit par m’indiquer la boulangerie à l’entrée du village où je suis accueilli avec thé chaud et pâtisseries et surtout un lit.

À Koutaissi dans la maison d’hôte de Seliko et Mediko, je découvre enfin un peu plus la culture géorgienne. À peine arrivé, et avant que je n’aie le temps de visiter les chambres où décharger mes affaires, Seliko m’entraîne à la cave pour me montrer là où il fait son vin et son cognac.

7 le vin de Seliko

Puis il me fait asseoir et goûter sa production artisanale. Le vin est une véritable institution de la culture géorgienne ancrée depuis des siècles. La Géorgie et l’Arménie se disputent d’ailleurs la paternité du breuvage il y a quelques 8000 ans. Et beaucoup de familles font encore leur propre vin tour comme Seliko. Mediko, salvatrice, nous invite finalement à passer à table où je découvre un autre aspect important de la culture géorgienne : l’art de la table et notamment celui de porter des toasts. Une profusion de plats est étalée sur la table. Chacun a deux verres, un pour le vin, l’autre pour le cognac ou la chacha (de la gnôle de la vraie). Le Tamada, maître de cérémonies, est le seul à pouvoir porter les toasts et a tout pouvoir (comme celui de vous demander de finir votre verre cul sec). Durant le repas les toasts s’enchaînent et sont adressés aux convives, à la religion, à la famille, aux défunts, etc.

Un repas de fête compte aux minimums quatorze toasts ou il convient de finir son verre qui est aussitôt rempli par la personne en charge du vin ou du cognac. Dans ces conditions, les lendemains peuvent parfois être difficiles si l’on néglige de faire honneur au panel de plats devant soi. Sans oublier de ne pas finir son assiette pour montrer que l’on est bien repu. Tout un art.

Trois jours plus tard, c’est sous une pluie battante que je rejoins la capitale Tbilissi. À temps pour assister au concert dans l’un des plus beaux théâtres baroques de la capitale. Les cinq musiciens font chanter leur viole de Gange en parfaite harmonie avec la soprano. l’Assemblée est captivée. C’est un moment hors du temps.

8 Tbilissi concert

Je profite des jours suivants pour visiter la ville qui surplombée par la Mère de Géorgie regorge de petits trésors architecturaux anciens comme contemporains.

9 tbilissi

 

11 tbillissi

10 tbillissi

 

Mais c’est le musée national qui m’intéresse le plus car j’espère y trouver une réponse à une question que je me pose depuis mon arrivée dans le pays. Comment un pays enclavé entre de grands empires et qui a été envahi et occupé successivement par les tribus arabes, les Mongoles, les Perses, les Ottomans, la Russie puis l’URSS, est parvenu à converser une culture si forte et authentique ? Deuxième pays après l’Arménie à s’être convertie au christianisme en 331 après JC, la religion est encore très présente aujourd’hui et constitue incontestablement l’un des piliers de leur culture et ce même lorsqu’elle était sévèrement réprimée par l’URSS.

En quittant Tbilissi, c’est pour moi une nouvelle étape du voyage qui débute. Je ne vais plus à l’est mais au sud pour rejoindre, via Yerevan ,Téhéran qu’un panneau m’indique à 1300 kilomètres.

13 panneau quittant tbilissi

Mais avant je fais un dernier détour pour aller voir ce qui est pour moi la perle des monastères géorgiens : David Garedja.

Si le monastère est simplement magnifique dans son écrin aux roches pastel. Le trajet pour y parvenir fut lui aussi inoubliable.

14 sur la piste pour David Garedja

Alors que je longe une zone industrielle en partie délabrée, je m’arrête à une gare de triage pour contempler depuis la passerelle le triste héritage des années d’industrialisation à marche forcée de l’aire soviétique. À ma descente, je suis cueilli par un policier qui me convie fortement au poste juste à côté. Le responsable me fait soigneusement effacer toutes mes photos de la zone et m’interroge sur les raisons de telles prises de vue craignant au mieux que je sois un journaliste au pire un espion. Finalement une conversation en entraînant une autre la tension redescend et j’ai même droit à un café alors que nous discutons, à grand renfort de Google traduction, de mon voyage. Une heure plus tard, ils me laissent finalement repartir. Je regrette amèrement cette petite heure lorsque je vois le soleil descendre sur l’horizon et que je me lance sur la piste qui longe la frontière azéri et qui mène au monastère vingt kilomètres plus loin. La nuit est sans lune et alors que je désespère d’arriver au monastère, je suis stoppé net par un puissant faisceau venu de la crête. Le garde-frontière me crie quelque chose. Je réponds « David Garedja ». On me demande « tourist? ». « Yes ». Le faisceau s’éteint accompagné d’un impérieux « go ». Je ne me fais pas prier. Et lorsque j’arrive enfin à l’embranchement qui mène au monastère, et que je veux vérifier qu’il s’agit du bon itinéraire sur mon téléphone, sueurs froides, celui-ci est introuvable. Je le retrouve un kilomètre plus haut, sagement allongé entre les deux nids-de-poule responsables de son escapade. Enfin arrivé au site du monastère, la nuit est tellement sombre que je ne sais même pas dans quelle direction scruter l’obscurité pour espérer l’apercevoir. Je suis la seule lumière que je vois et qui semble provenir d’un hôtel en construction. Les ouvriers m’accueillent de bon cœur et après manger tentent de m’apprendre les rudiments du backgammon.

15 les ouvriers de l hotel

Alors que je m’endors enfin dans un petit coin de l’hôtel, j’entends au loin hurler les loups. Quelle journée.

Le lendemain, alors que je visite enfin les lieux, le chant des moines et l’odeur de l’encens me parviennent. Je prends le temps d’apprécier cette atmosphère tout en contemplant le paysage.

16 david garedja

Je rejoins ensuite un autre monastère, en ruine celui-là, situé juste à la frontière. Lorsque j’arrive à la crête qui matérialise cette délimitation artificielle, et que je vois les plaines azéries s’étendent devant moi, je suis frappé par l’absurdité du système. Il ne me faudrait qu’un pas pour les atteindre. Mais au lieu de cela, j’ai besoin d’un visa et de passer par un poste frontière.

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Je délaisse donc l’Azerbaïdjan pour l’Arménie qui n’est plus très loin. Sur la route je dois passer à Rustaveli. En périphérie de la ville je suis accueilli par des barres d’immeubles made by URSS dont la maigre couche de peinture vive peine à masquer la décrépitude . Dans le centre, je retourne les larges artères bordées par d’imposants et austères bâtiments dans le plus pur style soviétique. Puis je passe la rivière, et là, accolée à la première, une nouvelle Rustaveli est en construction avec demarge trottoirs pour les passants, de la verdure, et des maisons de couleur dans un style géorgien modernisé. Je comprends maintenant comment à travers les siècles et les invasions, ils sont parvenus à conserver leur culture si forte. Tout comme leur grand roi David le Bâtisseur dix siècles auparavant, ils reconstruisent encore et toujours pour bâtir leur futur et retrouver leurs racines.

Après Un mois en Turquie

Alors que la Géorgie n’est qu’à quelques dizaines de kilomètres en suivant la côte, je décide de m’enfoncer dans les terres en direction des montagnes de l’est de la Turquie. J’évite ainsi Batumi dont les principales attractions sont des Casino.

 

Les champs de thé me mènent à mon 1er col qui m’offre un dernier regard sur la Mer Noire qui fut mon guide pendant les 1700 km de mon 1er mois d’aventure. Face à moi, je découvre les paysages qui seront désormais mon quotidien jusqu’aux plaines iraniennes, des montagnes aux sommets enneigés.

Dernier regard sur la mer noire 2

 

Ma première est Artvin que je rejoins le soir venu. Accroché sur les flancs abrupts d’une vallée, le centre ville est bien entendu dans les hauteurs. Jolie surprise après une journée à 1600 mètres de dénivelé positif. Et c’est à bout de souffle que je pose enfin pied à terre une heure plus tard. Les verdoyants paysages de la veille ont maintenant laissé place à un canyon aride et rocailleux. J’ai l’impression d’être dans un western. Mais à mesure que je le remonte, le versant nord du canyon se couvre peu et peu de végétation qui se densifie pour devenir une luxuriante forêt aux couleurs automnales. Sur le versant sud accablé par la morsure du soleil, seuls de maigres arbustes subsistent. C’est dans ce cadre, que perché dans les hauteurs je découvre le monastère géorgien de Porta.

3 monastere georgien

Petit, en partie en ruine et sans prétention, il n’en reste pas moins impressionnant par les dix siècles d’histoire qu’il a traversé pour que je puisse le contempler en toute humilité dans la quiétude de la vallée. Le jour suivant je quitte l’est américain pour retrouver les paysages familiers de mon enfance des préalpes suisse.

7 les alpes

 

 

 

L5 Atanur e soir, je me rends un peu à l’improviste chez Atanur qui tient un hôtel « eco-copain » que l’on m’a recommandé. Je le trouve en pleine soirée avec des amis.

 

 

 

À peine ai-je eu le temps de me présenter, qu’ils m’accueillent à leur table et me servent un verre du fameux raki que je n’avais pas encore eu le loisir de goûter.

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Les gens en montagne ont cette faculté incroyable de vous accueillir sans prétention et de vous faire sentir chez soi le plus simplement du monde.

Après avoir passé une journée au milieu des volailles et des chiens d’Atanur pour entretenir Jolly Roller, je m’attaque à mon premier col à plus de 2000 mètres.

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Une fois redescendu de l’autre côté, j’ai l’impression d’avoir fait un bond de plusieurs milliers de kilomètres jusqu’aux steppes d’Asie centrale.

 

8 1er col

Cette région est magique et chaque vallée est un voyage. Le lendemain, après avoir passé mon dernier col en Turquie à plus de 2500m, je souffle mon 2000ieme kilomètres alors qu’à l’horizon se profile la Géorgie avec ses montagnes et ses forêts. La frontière n’est plus très loin. Une page se tourne.

 

De Samsun à Hopa

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À partir de Samsun, la côte de la Mer Noire devient un chapelet de villes quasi continu reliées entre elles par une deux fois deux voies flambant neuve qui défigure le beau littoral mais me permet d’enchaîner les journées de 80 à 100km sans grande peine.
Ces villes font partie de ce qu’on appelle les tigres d’Anatolie. Autrefois délaissées par le pouvoir turc tourné vers l’Europe, elles sont aujourd’hui en pleine essor et connaissent une croissance économique importante grâce à une stratégie d’échange commercial avec le Moyen-Orient, le Caucase et la Russie. Elles sont l’image de la Turquie moderne, non plus tournée vers l’Europe et une hypothétique adhésion à l’Union Européenne, mais pragmatique et déterminée à se faire sa place dans le monde d’aujourd’hui.

Samsun en est pour moi sans conteste le meilleur exemple. Pays des amazones au XII ème siècle avant JC, elle est aujourd’hui une ville ultra moderne et agréable. La population à explosé en dix et de nombreux nouveaux quartiers sont sorti et sortent encore de terre. Pour comprendre la Turquie de demain, le meilleur moyen reste de parcourir le ville et discuter avec les habitants. Tout d’abord car c’est ici qu’a débuté le 19 mai 1919 la guerre d’impédance menée par Mustafa Kemal après que le pays ait être largement amputé de ses territoires par les vainqueurs de la 1ere guerre mondiale suite à la défaite de l’Empire Ottoman. Un petit musée retrace la vie de cet homme hors du commun, père des trucs ( Atatürk) et de la république. Visionnaire, il reforma le pays, y instaura une république laïque, et accorda le droit de vote aux femmes dès 1930. Voici une citation extraite d’un de ses discours datant de 1924 qui résonne encore aujourd’hui  » Pour tout dans le monde, pour la civilisation, la vie, la réussite, le vrai guide est la science. Chercher une voie autre que la science serait de l’ignorance, de l’obscurantisme, et de l’inconscience. »

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Ataturk
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Amazone Samsun

 

 

C’est à Samsun que je fais aussi la rencontre de Sherkan, diplômé d’université et kémaliste, qui m’apprend que même si le pays se modernise à toute vitesse, le poids des traditions reste vivace et de Fathi, autodidacte sans diplôme, qui dans un anglais parfait m’explique que malgré l’absurdité du monde d’aujourd’hui avec un avenir incertain, il est déterminé à se bâtir la vie qu’il désire. C’est dans ces multiples ambivalences, ni Européenne et ni arabe, laïque et musulmane, moderne et traditionnelle, que se crée la Turquie de demain.

 

Par trois fois, je parviens à m’échapper de cet urbanisme tentaculaire. Peut après Fatsa, tandis que la nouvelle route plonge sous les collines par le plus grand tunnel de Turquie, la vieille route serpente le long de la côte et offre un magnifique paysages entre petits villages typiques et criques aux falaises abruptes surplombant la Mer Noire. Je profite d’ailleurs de la quiétude de l’une d’elles pour piquer une tête dans les eaux certes un peu froides de la Mer Noire.

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CriquesFatsa

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Un peu plus loin sur la roite, je m’arrête au café d’un sacré personnage. Recordman des cheveux les plus long du monde dans sa jeunesse, son thé est un des plus réputé de lz région. Et il est effectivement délicieux, mais c’est son sucre est son véritable secret.

Je fuis ensuite Trazbon, très importante ville portuaire, qui sous les pluies traditionnelles en cette saison n’a rien d’engageant pour aller voir à 40km de là le monastère de Sumela accroché à la falaise à 1400m d’altitude. Il est fermé pour rénovation mais le pouvoir l’admirer en vaut quand même le détour.

 

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Sumela

Malheureusement, je n’ai le temps de l’apercevoir que quelques secondes avant que le brouillard ne le recouvre jalousement.

 

 

 

 

Je décide de dormir sur place dans l’espoir de pouvoir profiter du spectacle le lendemain. Et quel spectacle, après une nuit très humide et froide, je me réveille sous la neige qui a blanchit la vallée. Et au travers des branches, le monastère se dévoile enfin. Un instant de grâce.

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Peut après je rejoins à nouveau la côte, et je m’arrête à Rize. Capitale turque du thé, les champs de thé teintent les collines surplombant la ville d’un vert flamboyant. La ville est paisible et accueillante, mais un détail tranche avec toute les autres villes traversées jusqu’à maintenant. Alors que le drapeau truc flotte traditionnellement en centre-ville avec le portrait d’Atatürk dessus, ici il est remplacé par celui de Erdogan, l’actuel président. Si Samsun est la ville d’Atatürk, Rize, conservatrice, est celle d’Erdogan, comme en témoigne le panneau indiquant la Recep Tayyip Erdogan à l’entrée de la ville.

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Champs de thé
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Rize

Un peu plus loin, je m’enfonce à nouveau dans les terres pour monter dans la vallée de Firtina, une des plus belle de la Turquie. Si le bas de la vallée offre un beau paysage classique de la Mer Noire que l’on peut découvrir en rafting, je peine à croire que je ne suis qu’à 30km de la Mer lorsqu’au détour d’un virage je vois surgir le château de Zilkale, perché sur un piton rocheux au dessus d’une vallée escarpée aux couleurs sang et or de l’automne avec au bout de la vallée des sommets enneigés. Malgré le froid, je suis très chaleureusement accueilli par les chauffeurs de taxis avec je passe la soirée et le petit-déjeuner. Si un jour d’aventure, vous passez dans la région, saluez-les pour moi.

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Zile Kale

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En arrivant à Hopa, la dernière étape de mon voyage de 1 700km le long de la Mer Noire, je vois se dessiner à l’horizon les côtes géorgiennes , signe que mon périple en Turquie touche à sa fin. Et pour notre dernière journée ensemble, la Mer Noire et le beau temps retrouvé m’offrent un instant privilégié ou j’ai le plaisir d’assister à mon seul et unique couché de soleil dans ses eaux. Le soir même, par un heureux hasard, je rencontre un professeur de truc qui a enseigné en France. La soirée que je passe avec lui et ses amis, la plus part socialiste voir marxiste devant l’Éternel est joueuse. Une belle façon de conclure ce beau périple le long de la côte de la Mer Noire.

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Dernière vue sur la Mer Noire

Amasra, Safranbolu, Sinop,

 

Mise à part le fait que je me sois perdu dans les bois pour y parvenir, Amasra m’a de prime abord déçu tant les photos que j’en avais vu m avaient inspirées. Cette petite cité balnéaire réputée pour être un des plus beau port de la Mer Noire est cette charmante mais le flot permanent de touristes assaillant les trop nombreux hôtels et restaurants à fait voler la quiétude et d’authenticité que j’avais fantasmé y trouver. Puis à force de flâner aux gré des petites ruelles de la forteresse et ses alentours, je me suis laissé surprendre par cette ville qui sait séduire celui qui veut bien s’y perdre. Ses grandes murailles surplombent la Mer tandis qu’une mosaïque de maison colorées se découpent sur les vertes montagnes de l’arrière pays. Elle pourra aussi révéler ses petites criques secrètes, ses terrasse de café a fleur de l’eau, et sa pointe au rebelle, comme je l’ai baptisé, où le jeunes se retrouvent pour boire de la bière loin des regards inquisiteurs des plus anciens. Et c’est finalement conquis et détendu que je quitte la ville et la côte pour l’enfoncer dans les montagnes en direction de safranbolu.

Situé à la convergence de trois vallées encaissées, safranbolu était autrefois un important carrefour commercial reliant la Mer Noire à l’intérieur des terres. Prospères, les habitants y firent construire d’imposantes maisons ottomanes qui sont restés très bien préservées. Ce qui fait que la ville est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. S’y promener est un véritable saut dans le temps à l’époque de l’Empire ottoman et un plaisir visuel avec un dédale de ruelles pavées, bordées par les façades en briques ou en bois et des photos échoppes d’artisans que l’on peut encore voir travailler. Au coeur de la ville trône la mosquée dont l’intérieur est somptueusement décoré, et aussi le hammam, un des plus anciens de Turquie encore en activité. Après deux heures à me faire faire suer, frictionner, savonner, rincer, doucher, j’en ressorti comme neuf.
Si safranbolu est un petit écrin de l’Histoire, karabuk, la ville voisine, en est son exacte opposé. Illuminée par des couleurs criardes, un immense drapeau truc flotte sur la ville, et partout des citées étudiantes ultra modernes fleurissent autour d’imposantes mosquée sans charme. Ville d’origine industrielle, son université forme aujourd’hui une grande partie des futurs ingénieurs du pays, qui se retrouvent le soir dans des bars branchés. J’y fait d’ailleurs ma première soirée étudiante sans alcool. Une révolution.

Quatre jours plus tard dont trois dans les montagnes, je rallie Sinop. Véritable colline émergeant des flots de la Mer Noire, elle n’est reliée au continent que par une mince bande de terre de 100 mètre de large à l’endroit le plus étroit. Port stratégique, la ville à longtemps été une place forte des civilisations qui ont occupées l’Anatolie comme en témoigne les impressionnante fortifications qui protégeaient la ville des attaques terrestres. Mais elle est aujourd’hui plus une cité balnéaire que historique. C’est la cependant que je fait la rencontre d’Islam, plongeur, musicien, fan de Beyoncé, bref un poète. IL s’en suit une agréable soirée, pendant laquelle il me fait visiter l’atelier ou son père fabrique des baglamas à partir d’opposants troncs d’arbres, avant de jouer quelques morceaux. Nous terminons la soirée en partageant une soupe de poisson et une bière. Malgré la barrière de la langue, ce fut une belle rencontre, simple et authentique.

La liberté d’ignorer

2 ème semaine ou l acceptation de sa vie nomade.
Depuis plusieurs jours, me voilà devenu nomade, mode de vie ancestrale fondé sur la notion de déplacement. Encore pratiqué aujourd’hui par certains peuples qui se déplacent pour subvenir aux besoins de leurs troupeaux et des leurs.
Moi je fais maintenant parti de cette nouvelle espèce un peu excentrique et majoritairement constituée d’occidentaux que sont les nomades culturels. À la recherche d’authenticité, de partage, et de découvertes, ils parcoururent la planète dans tout les sens peut-être pour en trouver un à leur vie et au monde.
Ce nouveau mode de vie implique deux contraintes essentielles. La première est évidente et est inhérente au nomadisme: se déplacer. Ce qui implique que quelque soit le temps, qu’il pleuve, qu’il vente, fasse froid ou chaud, que j’en ai l’envie ou non, je dois enfourcher mon vélo et donner les premiers coups de pédales pour briser l’inertie et avancer un peu plus à chaque tour de roue vers ma destination. Les 20 premiers kilomètres sont toujours les plus durs, mal au fesses, mal aux jambes, le sentiment de faire du sur place, jusqu’à ce que l’esprit se rende à l’évidence et se mette lui aussi à vagabonder. L’inertie du mouvement fait le reste et les kilomètres s’égrainent.
Le deuxième est consécutive à la première: vivre dehors, ce qui se traduit par subvenir à ses besoins quelque soit l’endroit où l’on se trouve. Manger est facile. La nourriture turque est variée, délicieuse, et abordable. De plus, ils mange du pain autant que les français ont la réputation d’en manger. Quant au thé, ils ne boivent que cela. Le plus petit village est donc pourvu d’une boulangerie et d’un café où les anciens sirotent çay sur çay ( prononcer tchaï) en jouant au tavla (variante du backgammon).
Se loger reste moins évident, et cela a été l’une de mes grandes préoccupations souvent bien avant le couché de soleil. À la campagne, l’accueil dans les petits villages est assez simple. Et si il arrive qu’ils tombent de nu en me voyant arriver au crépuscule sorti de nul part sous une pluie battante, l’ancestrale tradition de l’hospitalité truc héritée des peuples nomades seldjoukides fait qu’ils me trouvent toujours un petit coin de paradis pour m’accueillir comme une cabane au fond d’un jardin, un jardin d’une magnifique maison ottomane, ou le peron de l’ancienne école. En ville, je ne suis plus l’Etranger, mais un inconnu parmi les autres. De plus, mes instincts de citadin reviennent au galop et me crient de succomber aux sirènes du confort d’une douche chaude et d’un bon lit dans j e chambre d’hôtel. Mais avec un peu de persévérance, les occasions de se trouver un endroit ne manquent pas, commr la pelouse douillette d’une station service ou sur une plage bercé par le bruit des vagues. Et parfois au hasard des rencontres, la chance vous sourit. Comme a Küre où après leur avoir aimablement demandé, la police m’a trouvé une place dans un foyer étudiant, ce qui reste une soirée d’anthologie cerné par une horde d’étudiants curieux. Comme à Sinop, où après une heureuse rencontre, j’ai pu planter ma tente sur un petit terrain en plein coeur de la ville de la ville avec une vue imprenable sur les remparts de la vieille ville et la Mer Noire.
Et si, je l’ai dit, me loger fut au début une de mes principales préoccupations, j’ai fini par lâcher prise et embrasser cette vie nomade où j’ai la liberté d’ignorer de quoi demain sera fait. Et c’est maintenant bien souvent les gens rencontrés le soir, qui voyant l’heure avancer, se préoccupent de où je vais dormir.

« Eviter d’être dans le dur »

1 ere semaine ou l’apprentissage de la vie de cyclorandonneur.

Vissiblement le train ne convient guere a mon velo. La premiere journee a ete marque par de frequents arrets pour regler les petits problemes mecanique que je decouvrais au fur et a mesure. Cela a commence le matın avec l’attache rapıde de la chaine cassee que j’ai remplacee par un bon vieux bon maıllot classique. Puis c’est les derailleurs avant et arriere qu’il a fallut reregler.

Cette fois ci, c’est la bonne pensaıs-je. Mais non, car a une certaıne vıtesse le velo se mit a trembler et je constata avec angoisse que je perdais de l’huile de mon moyeu dynamo. Et pour courroner le tout, ma gaine de frein avant sortait de mon etrier a chacun de mes arrets en tordant la piece qui la maintıent ce qui a fınıt par la casser sans que je ne parvienne a savoir d’ou cela provient.

J’ etais encore au prise dans les meandres d’Istanbul lorsque je me resigna a faıre halte dans un magasin de velo. Et bien que le gerant ne parlait un traitre mot d’anglais, c’est dans un virtuose concerto a quatre mains que en moins d’heure, nous avons regler tout les problemes: un nouvel etrier, le moyeux avant resseree, des tendeurs pour arrimer les saccoches avant et une deuxieme bequille car la bequille centrale presentait deja des signes de fatigue sous le poids du velo charge.
Me voila enfin sur la bonne voie, mais avec 40km au compteur, je suis loin de mes objectifs journalier.
Le lendemain, depart a l’aube et plein de bonne volonte, je decida de prendre la petite route qui longe la cote et qui doıt etre pleın de charme, plutot que la route principale. Mais il s’agıt a proprement parle plus d’une piste certe pleıne de charme mais aussı de cailloux et de trous. Et il me faudra faire un detour de 25 km avant de retrouver la route a 8 km de mon point de depart.
Les jours suivant se passerent fort heureusement mieux. Et ils furent consacrés à l apprentissage par tâtonnement d une journée type de cyclotourisme. À quelle heure se lever, prendre la route? Quand prendre son petit déjeuner, son deuxième petit déjeuner, le dejeuner, le goûter, le souper? Combien de pauses et tout les combien de kilomètres? Comment gérer son hydratation? Et ainsi de suite.
Finalement c est assez simple, le but étant d’éviter « d être dans le dur ». On s arrête avant de ne plus pouvoir avancer, on boit avant d avoir soif c est a dire en permanence, et on mange avant d avoir faim mais pas trop car monter une côte après un copieux repas n est pas le plus indiqué pour une bonne digestion.

Bref on fait preuve de bon sens et chaque tour de roue nous amène eux aussi un peu plus dans le bon sens, avant de recommencer le lendemain.

ISTANBULE

Ville millénaire un pont entre l’occident et l’orient, elle a mille et un visages

Cosmopolite, historique, culturelle, moderne, bourgeoise, populaire, branchee, chic, … tout y est, et tout y est sublime’

Et la magie opère au moment même ou j’aı pose le pied. Il est 6 heure du matin le bus s’arrête.  Je remonte mon vélo une bonne pour toute. Je longe le Bosphore, le soleil se lève. Des chiens me coursent. J arpente au hasard les rues de la veille ville et au détour d’une ruelle surgit devant moi sante Sophie embrasée par les Lumières de l’aube venue d’orient. Somptueux.

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Saint-Sophie-à-l-aube

Rien que pour son centre historique, Istanbul est un pépite.

Certains  monuments ont une aura qui vous subjugue, vous transporte. S’avancer dans Ste Sophie est une expérience incomparable d’une rare intensité. La lumière du matin magnifie la beauté naturelle du monument et a chaque pas qui vous porte sous  le centre de l impressionnant coupole on sent raisonner les siècles d histoire tandis que la vierge a l enfant vous regarde avec bienveillance.

 

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Sainte Sophie

La Mosquée bleu n est pas en reste et on ne peux se lasser de la regarder de l intérieur comme de l extérieur tant elle est élégante et ceux quelque soit l endroit d ou on la contemple.

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La coupole
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La Mosquée Bleue depuis Sainte Sophie

Le palais de Topkapi est un merveilleux voyage a la découverte a travers ces jardins dans la vie et les intrigues de la court des Sultans de l’empire Ottoman ou se côtoyaient Vizir et Concubines

Les jardin du Château

En éloignant du quartier du Sultanhmet on plonge dans le quartier du  Grand Bazar, très animé, on peut y trouver tout ce que l on cherche a condition d accepter de s y perdre.

Continuez son chemin et on part a la rencontre des vrais Stambouliotes qui tout comme leur ville sont tous très différents mais terriblement attachant.  J ai passé deux soirées fantastiques l  une à boire du thé dans un quartier populaire et à discuter via téléphone interposé avec Muhamed, Syrien d origine Stambouliote d adoption, et l autre a discuter avec Semem et un ami sur la Turquie moderne et son avenir dans un quartier a l ambiance très tropézienne au sud de l aéroport.

Deux jours ce n’est rien et j’ai beau avoir arpenté la ville sur plus de 60km je sais que je n’ai qu effleuré le joyau qu’est cette ville. Cela tombe bien, j’avais déjà prévu d’y retourner.

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45h de train

3041 KM. 45H de train. 9 changements, 48h de transit. 5 sacoches et un sac a dos pour 30 kg d’équipement, un vélo, et quelques euro de bakchich.

Voila quelques chiffres qui résument mon trajet en train Paris Istanbul qui m’a pris 3 jours et 4 nuits.

Pourquoi  donc avoir pris le train plutôt que l’avion qui aurait été 10 fois plus rapide et 3 fois moins cher ? Mais pour le plaisir voyons !

Pour le plaisir et le luxe de perdre son temps quand d’autres courent après. Le plaisir de voir défiler les paysages de la campagne alsacienne,des forets de Bavière et du Tyrol, des sommets enneigés de Roumanie, de voir défiler les frontières belles et majestueuses comme le Danube, sombres et tristes comme les barbelés entre la Bulgarie et la Turquie entre l Europe et le reste du monde.

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Frontiere-Bulgarie-Turquie
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Danube
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Roumanie

Pour se dire que ces quelques heures de trajet supplémentaires est une modeste contribution pour la planète qui a permis d économiser 300 kg d émissions de CO2

Pour les rencontres éphémères sur le quai, dans la queue en attendant de se faire égueuler par une guichetière peu aimable, ou dans un wagon aux sièges enfonces par des années de services.

Et surtout pour prendre le temps de vivre ce départ, ressentir ce bouquet d’émotions confuses entre excitation de la découverte, peur de l’inconnu, et la tristesse de s’arracher à ceux qui vous aiment. Cela laisse le temps de voir son existence passée doucement s’éloigner et de sentir la nouvelle pondre.

 

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Avant-dernier-train-avant-Istanbul

Durant ces quelques heures de train j’ai mis le doigt sur le paradoxe du train. Réputé moins stressant que l’avion, il peu aussi être extrêmement stressant  lors des correspondances et c’est d’autant vrai avec 30kg à trimbaler, un vélo a démonter, et un contrôleur qui ne veut pas vous laisser monter avec.  Mais une fois installé et le souffle repris, un sentiment de béatitude nous submerge rapidement bercé par les claquement des roues sur les rails et hypnotisé par le paysage qui défile. Alors qu’en avion même une fois installe, il reste le stress du décollage et de l’atterrissage et surtout de la nourriture que la compagnie va vous servir.

Alors qu’il me fallut  que 4 changements pour rallier Bucarest, il m’en fallut 5 de plus pour atteindre Istanbul. J’en profite pour ceux qui seraient tente par l’expérience qu’il est plus avisé de passer par Sofia. A partir de Bucarest, chaque train, qui devait être le dernier, n’était en fait qu’un énième train qui devait me mener au dernier tronçon. Mais après 4 trains et un bus, Istanbul enfin. Le voyage commence

 

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