Après Un mois en Turquie

Alors que la Géorgie n’est qu’à quelques dizaines de kilomètres en suivant la côte, je décide de m’enfoncer dans les terres en direction des montagnes de l’est de la Turquie. J’évite ainsi Batumi dont les principales attractions sont des Casino.

 

Les champs de thé me mènent à mon 1er col qui m’offre un dernier regard sur la Mer Noire qui fut mon guide pendant les 1700 km de mon 1er mois d’aventure. Face à moi, je découvre les paysages qui seront désormais mon quotidien jusqu’aux plaines iraniennes, des montagnes aux sommets enneigés.

Dernier regard sur la mer noire 2

 

Ma première est Artvin que je rejoins le soir venu. Accroché sur les flancs abrupts d’une vallée, le centre ville est bien entendu dans les hauteurs. Jolie surprise après une journée à 1600 mètres de dénivelé positif. Et c’est à bout de souffle que je pose enfin pied à terre une heure plus tard. Les verdoyants paysages de la veille ont maintenant laissé place à un canyon aride et rocailleux. J’ai l’impression d’être dans un western. Mais à mesure que je le remonte, le versant nord du canyon se couvre peu et peu de végétation qui se densifie pour devenir une luxuriante forêt aux couleurs automnales. Sur le versant sud accablé par la morsure du soleil, seuls de maigres arbustes subsistent. C’est dans ce cadre, que perché dans les hauteurs je découvre le monastère géorgien de Porta.

3 monastere georgien

Petit, en partie en ruine et sans prétention, il n’en reste pas moins impressionnant par les dix siècles d’histoire qu’il a traversé pour que je puisse le contempler en toute humilité dans la quiétude de la vallée. Le jour suivant je quitte l’est américain pour retrouver les paysages familiers de mon enfance des préalpes suisse.

7 les alpes

 

 

 

L5 Atanur e soir, je me rends un peu à l’improviste chez Atanur qui tient un hôtel « eco-copain » que l’on m’a recommandé. Je le trouve en pleine soirée avec des amis.

 

 

 

À peine ai-je eu le temps de me présenter, qu’ils m’accueillent à leur table et me servent un verre du fameux raki que je n’avais pas encore eu le loisir de goûter.

6 Atanur et ses potes

Les gens en montagne ont cette faculté incroyable de vous accueillir sans prétention et de vous faire sentir chez soi le plus simplement du monde.

Après avoir passé une journée au milieu des volailles et des chiens d’Atanur pour entretenir Jolly Roller, je m’attaque à mon premier col à plus de 2000 mètres.

8 1er col 2

Une fois redescendu de l’autre côté, j’ai l’impression d’avoir fait un bond de plusieurs milliers de kilomètres jusqu’aux steppes d’Asie centrale.

 

8 1er col

Cette région est magique et chaque vallée est un voyage. Le lendemain, après avoir passé mon dernier col en Turquie à plus de 2500m, je souffle mon 2000ieme kilomètres alors qu’à l’horizon se profile la Géorgie avec ses montagnes et ses forêts. La frontière n’est plus très loin. Une page se tourne.

 

Amasra, Safranbolu, Sinop,

 

Mise à part le fait que je me sois perdu dans les bois pour y parvenir, Amasra m’a de prime abord déçu tant les photos que j’en avais vu m avaient inspirées. Cette petite cité balnéaire réputée pour être un des plus beau port de la Mer Noire est cette charmante mais le flot permanent de touristes assaillant les trop nombreux hôtels et restaurants à fait voler la quiétude et d’authenticité que j’avais fantasmé y trouver. Puis à force de flâner aux gré des petites ruelles de la forteresse et ses alentours, je me suis laissé surprendre par cette ville qui sait séduire celui qui veut bien s’y perdre. Ses grandes murailles surplombent la Mer tandis qu’une mosaïque de maison colorées se découpent sur les vertes montagnes de l’arrière pays. Elle pourra aussi révéler ses petites criques secrètes, ses terrasse de café a fleur de l’eau, et sa pointe au rebelle, comme je l’ai baptisé, où le jeunes se retrouvent pour boire de la bière loin des regards inquisiteurs des plus anciens. Et c’est finalement conquis et détendu que je quitte la ville et la côte pour l’enfoncer dans les montagnes en direction de safranbolu.

Situé à la convergence de trois vallées encaissées, safranbolu était autrefois un important carrefour commercial reliant la Mer Noire à l’intérieur des terres. Prospères, les habitants y firent construire d’imposantes maisons ottomanes qui sont restés très bien préservées. Ce qui fait que la ville est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. S’y promener est un véritable saut dans le temps à l’époque de l’Empire ottoman et un plaisir visuel avec un dédale de ruelles pavées, bordées par les façades en briques ou en bois et des photos échoppes d’artisans que l’on peut encore voir travailler. Au coeur de la ville trône la mosquée dont l’intérieur est somptueusement décoré, et aussi le hammam, un des plus anciens de Turquie encore en activité. Après deux heures à me faire faire suer, frictionner, savonner, rincer, doucher, j’en ressorti comme neuf.
Si safranbolu est un petit écrin de l’Histoire, karabuk, la ville voisine, en est son exacte opposé. Illuminée par des couleurs criardes, un immense drapeau truc flotte sur la ville, et partout des citées étudiantes ultra modernes fleurissent autour d’imposantes mosquée sans charme. Ville d’origine industrielle, son université forme aujourd’hui une grande partie des futurs ingénieurs du pays, qui se retrouvent le soir dans des bars branchés. J’y fait d’ailleurs ma première soirée étudiante sans alcool. Une révolution.

Quatre jours plus tard dont trois dans les montagnes, je rallie Sinop. Véritable colline émergeant des flots de la Mer Noire, elle n’est reliée au continent que par une mince bande de terre de 100 mètre de large à l’endroit le plus étroit. Port stratégique, la ville à longtemps été une place forte des civilisations qui ont occupées l’Anatolie comme en témoigne les impressionnante fortifications qui protégeaient la ville des attaques terrestres. Mais elle est aujourd’hui plus une cité balnéaire que historique. C’est la cependant que je fait la rencontre d’Islam, plongeur, musicien, fan de Beyoncé, bref un poète. IL s’en suit une agréable soirée, pendant laquelle il me fait visiter l’atelier ou son père fabrique des baglamas à partir d’opposants troncs d’arbres, avant de jouer quelques morceaux. Nous terminons la soirée en partageant une soupe de poisson et une bière. Malgré la barrière de la langue, ce fut une belle rencontre, simple et authentique.

La liberté d’ignorer

2 ème semaine ou l acceptation de sa vie nomade.
Depuis plusieurs jours, me voilà devenu nomade, mode de vie ancestrale fondé sur la notion de déplacement. Encore pratiqué aujourd’hui par certains peuples qui se déplacent pour subvenir aux besoins de leurs troupeaux et des leurs.
Moi je fais maintenant parti de cette nouvelle espèce un peu excentrique et majoritairement constituée d’occidentaux que sont les nomades culturels. À la recherche d’authenticité, de partage, et de découvertes, ils parcoururent la planète dans tout les sens peut-être pour en trouver un à leur vie et au monde.
Ce nouveau mode de vie implique deux contraintes essentielles. La première est évidente et est inhérente au nomadisme: se déplacer. Ce qui implique que quelque soit le temps, qu’il pleuve, qu’il vente, fasse froid ou chaud, que j’en ai l’envie ou non, je dois enfourcher mon vélo et donner les premiers coups de pédales pour briser l’inertie et avancer un peu plus à chaque tour de roue vers ma destination. Les 20 premiers kilomètres sont toujours les plus durs, mal au fesses, mal aux jambes, le sentiment de faire du sur place, jusqu’à ce que l’esprit se rende à l’évidence et se mette lui aussi à vagabonder. L’inertie du mouvement fait le reste et les kilomètres s’égrainent.
Le deuxième est consécutive à la première: vivre dehors, ce qui se traduit par subvenir à ses besoins quelque soit l’endroit où l’on se trouve. Manger est facile. La nourriture turque est variée, délicieuse, et abordable. De plus, ils mange du pain autant que les français ont la réputation d’en manger. Quant au thé, ils ne boivent que cela. Le plus petit village est donc pourvu d’une boulangerie et d’un café où les anciens sirotent çay sur çay ( prononcer tchaï) en jouant au tavla (variante du backgammon).
Se loger reste moins évident, et cela a été l’une de mes grandes préoccupations souvent bien avant le couché de soleil. À la campagne, l’accueil dans les petits villages est assez simple. Et si il arrive qu’ils tombent de nu en me voyant arriver au crépuscule sorti de nul part sous une pluie battante, l’ancestrale tradition de l’hospitalité truc héritée des peuples nomades seldjoukides fait qu’ils me trouvent toujours un petit coin de paradis pour m’accueillir comme une cabane au fond d’un jardin, un jardin d’une magnifique maison ottomane, ou le peron de l’ancienne école. En ville, je ne suis plus l’Etranger, mais un inconnu parmi les autres. De plus, mes instincts de citadin reviennent au galop et me crient de succomber aux sirènes du confort d’une douche chaude et d’un bon lit dans j e chambre d’hôtel. Mais avec un peu de persévérance, les occasions de se trouver un endroit ne manquent pas, commr la pelouse douillette d’une station service ou sur une plage bercé par le bruit des vagues. Et parfois au hasard des rencontres, la chance vous sourit. Comme a Küre où après leur avoir aimablement demandé, la police m’a trouvé une place dans un foyer étudiant, ce qui reste une soirée d’anthologie cerné par une horde d’étudiants curieux. Comme à Sinop, où après une heureuse rencontre, j’ai pu planter ma tente sur un petit terrain en plein coeur de la ville de la ville avec une vue imprenable sur les remparts de la vieille ville et la Mer Noire.
Et si, je l’ai dit, me loger fut au début une de mes principales préoccupations, j’ai fini par lâcher prise et embrasser cette vie nomade où j’ai la liberté d’ignorer de quoi demain sera fait. Et c’est maintenant bien souvent les gens rencontrés le soir, qui voyant l’heure avancer, se préoccupent de où je vais dormir.

« Eviter d’être dans le dur »

1 ere semaine ou l’apprentissage de la vie de cyclorandonneur.

Vissiblement le train ne convient guere a mon velo. La premiere journee a ete marque par de frequents arrets pour regler les petits problemes mecanique que je decouvrais au fur et a mesure. Cela a commence le matın avec l’attache rapıde de la chaine cassee que j’ai remplacee par un bon vieux bon maıllot classique. Puis c’est les derailleurs avant et arriere qu’il a fallut reregler.

Cette fois ci, c’est la bonne pensaıs-je. Mais non, car a une certaıne vıtesse le velo se mit a trembler et je constata avec angoisse que je perdais de l’huile de mon moyeu dynamo. Et pour courroner le tout, ma gaine de frein avant sortait de mon etrier a chacun de mes arrets en tordant la piece qui la maintıent ce qui a fınıt par la casser sans que je ne parvienne a savoir d’ou cela provient.

J’ etais encore au prise dans les meandres d’Istanbul lorsque je me resigna a faıre halte dans un magasin de velo. Et bien que le gerant ne parlait un traitre mot d’anglais, c’est dans un virtuose concerto a quatre mains que en moins d’heure, nous avons regler tout les problemes: un nouvel etrier, le moyeux avant resseree, des tendeurs pour arrimer les saccoches avant et une deuxieme bequille car la bequille centrale presentait deja des signes de fatigue sous le poids du velo charge.
Me voila enfin sur la bonne voie, mais avec 40km au compteur, je suis loin de mes objectifs journalier.
Le lendemain, depart a l’aube et plein de bonne volonte, je decida de prendre la petite route qui longe la cote et qui doıt etre pleın de charme, plutot que la route principale. Mais il s’agıt a proprement parle plus d’une piste certe pleıne de charme mais aussı de cailloux et de trous. Et il me faudra faire un detour de 25 km avant de retrouver la route a 8 km de mon point de depart.
Les jours suivant se passerent fort heureusement mieux. Et ils furent consacrés à l apprentissage par tâtonnement d une journée type de cyclotourisme. À quelle heure se lever, prendre la route? Quand prendre son petit déjeuner, son deuxième petit déjeuner, le dejeuner, le goûter, le souper? Combien de pauses et tout les combien de kilomètres? Comment gérer son hydratation? Et ainsi de suite.
Finalement c est assez simple, le but étant d’éviter « d être dans le dur ». On s arrête avant de ne plus pouvoir avancer, on boit avant d avoir soif c est a dire en permanence, et on mange avant d avoir faim mais pas trop car monter une côte après un copieux repas n est pas le plus indiqué pour une bonne digestion.

Bref on fait preuve de bon sens et chaque tour de roue nous amène eux aussi un peu plus dans le bon sens, avant de recommencer le lendemain.